Article Magazine Poly – « Souffle intérieur » Musée du Pays de Sarrebourg conçu par l’architecte Bernard Desmoulin

Le musée du Pays de Sarrebourg

Architecte : Bernard Desmoulin

Souffle intérieur

Sortis de la Chapelle des Cordeliers ou repose le vitrail La Paix de Marc Chagall, les yeux  embués de bleu, de celui dont on tapisse les rêves et Claude Nougaro les tuiles, nous nous dirigeons vers le musée du Pays de Sarrebourg situé non loin en plein cœur urbain.

Au pied d’un escalier en pas d’âne apparaissent trois volumes énigmatiques, cérémonieux et fiers évoquant la typologie d’anciennes halles. Béton brut clair et cuivre préoxydé, voilà pour la peau mais l’essentiel est ailleurs.

Face à un environnement disparate qui semble être en  mutation et en construction, le musée structure et ordonne une nouvelle configuration urbaine. S’il structure, il semble également mettre à distance ses humbles voisins, depuis la rue quelques ouvertures verticales témoignent d’une intériorité contenue et précieuse.

Par l’escalier ou par l’entre-deux mitoyen, nous rejoignons le parvis d’entrée, l’univers propre et l’intériorité du musée s’y révèlent. Ici un bassin, vide ce jour-là, on imagine la façade vitrée du hall s’y refléter, les jeux de vibrations de la lumière.

Le musée recueille une collection archéologique provenant de fouilles locales, des faïences et des porcelaines de la manufacture de Niderviller et quelques œuvres de Chagall, dont la tapisserie La Paix.

Le parcours muséographique se décline suivant un cheminement clair-obscur, quelques cadrages sur l’espace urbain laissé derrière nous. Ici, c’est un paysage intérieur se mettant en scène autant qu’il met en scène son contenu.

Dans un édifice, on aimerait n’éprouver qu’une sensation, traverser une forêt, contempler un rivage, se lover dans une grotte… L’espace contenant les vestiges archéologiques de Tarquimpol occupe le volume central, il est rempli tout entier d’un souffle aux gènes ancestraux, élémentaires. C’est un exercice difficile, le moindre détail peut altérer cette sensation. Devant la restitution théorique du portique d’un monument public de Tarquimpol ou au pied de la Cachette du Paysan, nous aimerions « boire des liqueurs fortes comme du métal bouillant, comme faisaient ces chers ancêtres autour des feux » (Arthur Rimbaud, Une saison en enfer). Les forces en présence émanent d’une tendre austérité, murs en béton brut, sol en résine coulée anthracite, lumière zénithale. Une architecture peu démonstrative dont le souhait serait d’investir l’ordre de l’émotion.

Sortis du musée, nous comprenons et éprouvons le parcours emprunté et cette mise à distance nécessaire de son environnement.

« Il y a une beauté dans le dénuement, dans le presque rien. C’est une esthétique. J’ai horreur des architectures bavardes.»(*) nous confie  Bernard Desmoulin. Son architecture ne bavarde pas, elle semble vouloir murmurer l’ordre et la noblesse du monde. L’architecture peut être ce souffle.

Thierry Aubry

(*) Propos de Bernard Desmoulin recueillis dans l’ouvrage de Françoise Arnold et Daniel Cling, Transmettre en architecture, éditions du Moniteur, collection Architextes, Paris 2002.